L'innovation technologique n'est plus un simple outil de support pour les professionnels de la fiscalité et du juridique : elle est devenue un levier stratégique de différenciation et de création de valeur. Cet article explore les multiples facettes de cette transformation et ses implications concrètes pour les directions fiscales et juridiques et pour leurs conseils.
Le cadre réglementaire fiscal, et juridique, connaît depuis quelques années une mutation accélérée qui impose aux professionnels du secteur de repenser leurs méthodes de travail. La réforme de la facturation électronique (e-Invoicing / e-Reporting), la mise en œuvre du Pilier 2 de l'OCDE et du Country-by-Country Reporting (CbCr), ou encore la mise en application du règlement DORA (Digital Operational Resilience Act) pour les entités financières sont autant de sujets qui exigent au-delà d’une compréhension fine des enjeux juridiques et fiscaux, une capacité accrue de traitement, de structuration et de visualisation des données. Le traitement de ces problématiques est intimement lié à l’intrication des aspects de données associés au droit et à la conformité.
Face à ces nouvelles exigences, les directions fiscales et juridiques attendent désormais de leurs conseils qu'ils soient capables de proposer de façon fluide des services augmentés par la technologie. Les retours d’expérience clients montrent que la mise à disposition, notamment, de tableaux de bord dynamiques et d'outils de veille automatisée est perçue comme une source de gains d'efficacité considérable et un facteur de différenciation notable. Les clients expriment un intérêt croissant pour des livrables qui allient rigueur juridique et fiscale et accessibilité visuelle des données à l’appui des conclusions.
A titre d’exemple, on peut citer le déploiement de processus de nettoyage, de structuration et de visualisation de bases contractuelles complexes (plus de deux cents contrats, cinquante points de données), transformant des fichiers Excel non harmonisés et inutilisables en dashboards exploitables pour les directions juridiques dans le cadre d’opérations de carve-out.
Afin d’évaluer les opportunités et d’arbitrer entre les différents outils susceptibles d’être déployés, un cadre d’évaluation des outils d’IA Générative (Harvey, Copilot, ...) doit être utilisé par les directions juridiques et fiscales. Cette évaluation des cas d'usage de l'IA Générative peut reposer sur une matrice de notation structurée autour de la performance des IA, la synergie de ces cas d’usages avec l’écosystème déjà en place et le ROI estimé des solutions.
Intégrer une solution d’IA Générative ne permet pas les mêmes gains en fonction des contextes et de l’environnement, à la fois technologique préexistant, mais aussi de l’ensemble des compétences disponibles.
Parmi les cas d’usages testés, on relève l’assistance à la rédaction juridique ou fiscale, la modélisation, l’analyse de données, la vérification de conformité, la génération de code, etc. Suivre les différents résultats d’évaluation et partager l’ensemble des efforts et des réflexions est une des activités intrinsèques à la transformation et à l’intégration d’une démarche de transformation viable et durable.
La mise en place d’un tableau de bord permet surtout de réaliser les gains de productivité attendus et de justifier avec précision les positions stratégiques prises concernant l'adoption de l'IA Générative, ainsi que les décisions liées aux investissements qui lui sont adossés.
Cette approche systémique est nécessaire face aux prochaines tendances technologiques majeures qui pourraient redéfinir en profondeur la pratique fiscale et juridique d'ici 2030-2035, en particulier :
Ces tendances technologiques dessinent un scénario d'anticipation exigeant, lié à une facilité d'accès sans précédent à l'information juridique et fiscale, couplé à des capacités d'analyse décuplées.
On peut anticiper que ce scénario se décline en deux défis majeurs pour les directions fiscales et juridiques, et plus largement pour les métiers du droit :
Face à ces défis, le principal enjeu pour les directions juridiques et fiscales est de diffuser ces nouvelles compétences au sein de leurs équipes et de les maîtriser afin d’accompagner cette transformation sur l'ensemble des projets et missions qui s'y prêtent déjà.
En effet, l'innovation digitale invite les juristes et les fiscalistes à repenser leur rôle et à élargir le champ des possibles, dans un monde où la question centrale devient « Quelle sera notre position dans un monde bousculé par l'Intelligence Artificielle ? », la capacité à anticiper, expérimenter et intégrer ces technologies de manière rigoureuse sera le facteur déterminant de la compétitivité des directions juridiques et fiscales.
Le programme de formation transverse Digital Accelerators qui a été déployé au sein de PwC est un exemple de parcours destiné à faire évoluer les équipes et former les futurs profils “hybrides” (i.e. fiscalistes / juristes et data analysts).
Ce programme repose sur un postulat fort : pour avoir un impact pertinent, les compétences en Data Analytics doivent être intégrées directement au sein des équipes fiscales et juridiques. Il prévoit environ une semaine de formation en semi-autonomie sur des outils tels que Power BI, Alteryx et Power Apps, complétée par la réalisation d'un projet opérationnel au service des directions juridiques et fiscales.
Le parcours est structuré autour de modules théoriques (Datavisualisation, automatisation du retraitement de données) et d'une mise en application à travers le projet opérationnel, avec un suivi régulier et un accès à des experts. Il est ouvert sans condition de formation digitale préalable, ouvrant ainsi largement l'accès à l'innovation au sein des équipes. Des modules complémentaires peuvent être inclus à la demande, comme Power Automate, et d'autres technologies de la Power Platform, permettant aux collaborateurs qui le souhaitent de développer des applications sans coder, d'automatiser des notifications, de synchroniser des fichiers ou de mettre en place des flux de travail répétitifs.
La montée en compétence des professionnels fiscaux et juridiques ne se limite pas aux outils de Data Analytics classiques puisque le programme intègre désormais une dimension IA Générative, permettant de tester et d'évaluer les assistants tels que Harvey et Copilot sur plus de soixante-cinq cas d'usage concrets. Cette démarche illustre comment la le développement des compétences digitales des juristes et des fiscalistes permet de :
La transformation digitale de la pratique fiscale est déjà à l'œuvre et produit des résultats mesurables en termes de qualité de service, de satisfaction des interlocuteurs des directions juridiques et fiscales (direction financière, direction commerciale, clients, etc.).
Les perspectives technologiques à l'horizon 2030-2035 (IA agentique, IA neurosymbolique, etc.) annoncent des bouleversements plus profonds, qui remettront en cause notamment la pyramide de talents traditionnelle. L'enjeu pour les directions juridiques et fiscales est désormais de passer à l'échelle, de faire de l'innovation un réflexe intégré à chaque mission et de préparer dès aujourd'hui les équipes aux transformations de demain.
C’est précisément tout le bénéfice des programmes de montée en compétences comme celui des Digital Accelerators que nous avons partagés avec nos clients pour les accompagner dans la transformation digitale et la formation de profils “augmentés” qui conjuguent expertise juridique et/ou fiscale et maîtrise des nouveaux outils numériques, sans formation digitale préalable.
Directrice Technologies, Transformation & Innovation, PwC Société d'Avocats