Directions Fiscales et SAP S/4HANA : sortir des idées reçues pour libérer de la valeur

Un homme devant son ordinateur
  • 28 mai 2026

Dans le cadre des grands programmes de transformation SAP S/4HANA, la fonction fiscale n’est souvent pas consultée ou, au mieux, impliquée trop tardivement.  

 

Résultat : des idées reçues persistent quant à son rôle au sein de l’organisation, son périmètre d’intervention, ou la complexité de ses interactions et de ses besoins.  

 

Ces préjugés freinent la transformation, limitent le ROI, augmentent les risques et empêchent d’industrialiser des processus critiques tels que le calcul de l’impôt, la conformité ou la planification fiscale. 

 

Nos observations et les retours clients confrontent la réalité aux idées reçues, pour identifier les impacts concrets, mettre en avant les bonnes pratiques pour bénéficier pleinement de la valeur apportée par la direction fiscale lors d’un projet S/4HANA. 

Idée reçue n°1 : “Nous répondons déjà aux besoins de la fonction fiscale.”

La réalité : 

Les exigences de la fonction fiscale sont rarement formalisées ou intégrées dans la conception du système. La fiscalité est souvent absorbée par les «workstreams» Finance ou Conformité, sans expression de besoins spécifiques, en omettant l’analyse des données nécessaires aux différents travaux de la fonction fiscale. 

L’impact : 

  • Les processus fiscaux (calculs, provisions, déclarations, justification) continuent de reposer sur des fichiers Excel, manuels et non traçables. 
  • Les automatisations sont limitées et le risque d’erreurs est significatif. 
  • La fonction fiscale passe jusqu’à 50 % de son temps dans des tâches manuelles de collecte, nettoyage et harmonisation des données. 
  • Les solutions mises en place sont partielles ou nécessitent des correctifs coûteux après mise en production. 

La bonne pratique :

  • Impliquer la direction fiscale dès la phase de «Blue print» pour formaliser les besoins en données, processus, et reporting. 
  • Identifier les cas d’usage concrets (TVA, impôt sur les sociétés, Pilier 2, prix de transfert, retenues à la source) et les intégrer dans le design cible. 
  • Outiller et automatiser les processus pour réduire le risque d’erreurs et rendre des capacités d’analyse à la direction fiscale. 

Idée reçue n°2 : “Le périmètre fiscal se limite à la TVA et aux taxes indirectes.”

La réalité : 

Les taxes indirectes (TVA, douane, retenues) sont souvent couvertes dans SAP via les processus achats/ventes. Mais les impôts directs, les provisions fiscales, le pilotage du taux effectif d’imposition et la documentation des flux intra-groupe sont absents ou sous-estimés. 

L’impact : 

  • Absence d’automatisation pour les provisions ou le calcul de l’impôt courant/différé. 
  • Dépendance à des “tax packs” manuels ou à des outils tiers non intégrés. 
  • Granularité des informations insuffisante pour répondre aux nouvelles exigences (BEPS 2.0, Pilier 2, SAF-T, etc.). 
  • Collecte d’informations extra-outils pour répondre aux nouvelles exigences. 

La bonne pratique : 

  • Définir une conception fiscale globale qui couvre à la fois les taxes indirectes et directes. 
  • Structurer les données nécessaires au calcul de l’impôt sur les sociétés, à la modélisation de scénarios, et à la génération des rapports fiscaux et de la documentation réglementaire. 

Idée reçue n°3 : “L’intégrateur système prend en charge la fiscalité via ses templates standards.”

La réalité : 

Les intégrateurs systèmes traditionnels se concentrent sur des modèles standards, notamment centrés sur la TVA. Peu disposent de consultants spécialisés en capacité d’adresser la diversité des enjeux fiscaux d’un groupe multinational. 

L’impact : 

  • Couverture limitée des obligations fiscales locales, sectorielles ou liées à Pilier 2. 
  • Oubli fréquent de l’intégration avec des modules fiscaux dédiés en complément de S/4 Hana et traitant des sujets tels que les prix de transfert, la facturation électronique, les douanes ou la conformité fiscale
  • Risque de transférer à la fonction fiscale la charge de spécification, de test et de validation, sans accompagnement ou connaissances suffisantes de la solution. 

La bonne pratique :

  • Évaluer les compétences fiscales réelles du SI : capacité à produire des user stories, à définir les points d’intégration, à participer aux tests. 
  • Compléter le dispositif par des experts en intégration fiscale SAP capables de représenter les besoins fiscaux dans tous les workstreams.

Idée reçue n°4 : “Les données fiscales seront disponibles, propres et utilisables dans S/4HANA.”

La réalité :

Sans gouvernance spécifique, la qualité des données fiscales reste médiocre : champs absents, incohérences, structures non harmonisées entre entités, etc. L’ERP hérite alors des faiblesses du système précédent. 

L’impact : 

  • Données inutilisables pour la modélisation fiscale ou les reportings réglementaires. 
  • Multiplication des retraitements manuels, notamment pour les calculs de l’impôt sur les sociétés ou la justification des écarts. 
  • Non-conformité potentielle en cas de contrôle fiscal (rupture de la numérotation des pièces comptable, absence de traçabilité, données incomplètes). 

La bonne pratique : 

  • Mettre en place un modèle de données fiscales cible incluant les éléments maîtres (n° TVA, codes fiscaux, certificats, entités légales). 
  • Nettoyer les données en amont de la migration et intégrer des contrôles de cohérence automatisés dans SAP. 

Idée reçue n°5 : “La fiscalité peut s’appuyer sur Finance pour assurer sa conformité.”

La réalité : 

Les processus Finance standards ne couvrent pas les obligations fiscales complexes et localisées. La fiscalité a besoin d’accès à des données transactionnelles précises, souvent non visibles dans les rapports financiers classiques. 

L’impact :

  • Ecarts significatifs avec les exigences de conformité temps réel (facturation électronique, e-reporting, etc.). 
  • Capacité réduite à anticiper les impacts fiscaux lors de la planification financière. 
  • Perte d’opportunités d’optimisation fiscale (ex : déductibilité, crédits R&D, etc.). 

La bonne pratique : 

  • Fournir à la fiscalité des rapports et dashboards spécifiques dans SAP (Fiori ou SAC). 
  • Intégrer les besoins fiscaux dans tous les cycles (Record to Report, Order to Cash, Purchase to Pay, etc.). 
  • Créer une collaboration transverse Finance–Fiscalité–IT dès le lancement du programme. 

Idée reçue n°6 : “La transformation SAP apportera automatiquement de la valeur à la fonction fiscale.”

La réalité : 

Même si S/4HANA offre des capacités puissantes, elles ne se matérialisent que si la fiscalité est explicitement intégrée dans le programme. 

L’impact : 

  • Coûts de réadaptation importants pour intégrer la fiscalité à posteriori. 
  • Perte d’opportunités : gains de productivité, meilleure liquidité, réduction du risque fiscal, diminution des honoraires externes. 
  • Retour sur investissement (ROI) du programme SAP limité ou retardé. 

La bonne pratique : 

  • Sensibiliser les sponsors et la gouvernance projet aux enjeux et bénéfices fiscaux. 
  • Intégrer les cas d’usage fiscaux dans le business case SAP dès le début. 
  • Piloter l'intégration fiscale comme un levier de transformation transverse, non comme un sous-chantier de conformité. 

Conclusion - Directions fiscales et SAP S/4HANA : Faire de la fiscalité un pilier de transformation SAP S/4HANA

La transformation SAP S/4HANA ne doit pas être une simple mise à niveau technologique. C’est l’opportunité d’aligner les processus fiscaux sur les ambitions stratégiques de l’entreprise : automatisation, conformité, performance, transparence. 

Mais cela ne peut fonctionner que si la fiscalité : 

  • Est à la fois partie prenante et décisionnaire lors de la phase de cadrage ; 
  • Dispose des ressources, de compétences et de sponsors dédiés ; 
  • A défini les processus cibles et un design fonctionnel solide. 

« La fiscalité intégrée dans SAP S/4HANA, ce n’est pas “nice to have”. C’est un levier clé de création de valeur. »

Nobel Gunes, Associé, Tax Technology

Actualités juridiques et fiscales

Suivez notre actualité sur LinkedIn

Contactez-nous

Nobel Gunes

Nobel Gunes

Associé, Tax Techno & Transformation, PwC Société d'Avocats

Jérémie  Queyroux

Jérémie Queyroux

Directeur, Tax Techno & Transformation, PwC Société d'Avocats

Masquer